une hausse teintée de doutes pr 2006 23/12/05
Marchés d'actions
agefi actifs
C'est de bonne grâce que les prévisionnistes admettent s'être trompés pour l'année 2005. Rares étaient, en effet, ceux qui avaient anticipé une telle croissance des indices européens, soutenus par une valorisation attrayante par rapport aux Etats-Unis, des taux toujours bas, des bénéfices des entreprises très dynamiques et une reprise du dollar (voir graphique).
Même si la surperformance de l'Europe lui a fait perdre un peu de son attrait par rapport aux marchés américains, « les valorisations présentent encore un potentiel des deux côtés de l'Atlantique », note un économiste. C'est d'ailleurs ce potentiel qui laisse présager une année 2006 encore de bonne facture. Les professionnels attendent une progression des marchés de l'ordre de 10 % pour l'année prochaine, toutes zones confondues, en ligne avec les attentes de croissance des bénéfices des entreprises.
Derrière le discours officiel se cachent tout de même certaines inquiétudes. Les indicateurs, aussi bien macroéconomiques que micro- économiques, sont attendus un peu moins positifs qu'en 2005, ce qui pourrait conduire à des marchés plus difficiles. « Il ne faudra pas jouer les indices, mais miser sur le stock-picking et la sélection de valeurs », explique un gestionnaire. « Une baisse brutale n'est pas envisagée, mais il est tout à fait possible de perdre jusqu'à 10 % à moyen terme », confie même le responsable d'une société de gestion, contre l'avis du consensus.
Plus que jamais, l'exercice de prévision s'avère hasardeux. La visibilité ne pourra s'accroître qu'après les premières publications des chiffres d'affaires des entreprises, fin janvier. Trop tard pour les pronostics de fin décembre.
n FRANCK JOSELIN
Un optimisme affiché qui peine à cacher de nombreux doutes
En 2005, les marchés européens ont été dynamisés par la remontée du dollar et ont rattrapé une partie de leur retard de valorisation par rapport au marché américain Les professionnels restent optimistes pour l'année prochaine, même si les signaux d'un ralentissement des performances boursières se multiplient
La surprise a été de taille. Avec une évolution positive de près de 23 % en 2005, les marchés d'actions européens, dynamisés par la reprise du dollar, ont performé deux fois mieux qu'attendu et ont rattrapé leur retard de valorisation par rapport aux marchés américains, qui n'ont progressé que de 5 % dans la même période.
Pour l'année prochaine, les professionnels restent généralement positifs et prévoient encore une progression des indices de l'ordre des 10 %, toutes zones confondues, et ce malgré les signaux qui pourraient présager d'un tassement plus important des performances. « En termes de grandes classes d'actifs, nous demeurons positifs sur les actions par rapport aux placements obligataires, même si cette surpondération est plus modeste que celle que nous avons pu avoir en 2005 », confirme Yves Maillot, directeur de la gestion chez Robeco AM. « Nous sommes positifs sur les actions. Nous estimons que la performance du MSCI World, en 2006, sera à peu près la même qu'en 2005, soit aux environs de 11 % », déclare Patrick Mange, stratège de BNP Paribas, non sans préciser que « l'exercice de prévision est difficile, d'autant que les professionnels ne se règlent pas strictement sur l'année calendaire ».
Une valorisation des marchés toujours attractive. Cet optimisme affiché est la résultante d'une valorisation des marchés attractive, un élément fondamental militant en faveur d'un soutien des cours à moyen terme. Les ratios de cours/bénéfices (PER) s'établissent entre 14 et 15 aux Etats-Unis et entre 11 et 12 en Europe. Le Vieux Continent a donc comblé une partie de son retard de valorisation par rapport aux Etats-Unis, mais des deux côtés de l'Atlantique, les chiffres sont toujours très raisonnables. D'autant que la prime de risque, c'est-à-dire la différence de rendement entre les actions et le marché obligataire, est toujours faible comparé à sa moyenne de long terme. « Les primes de risque se sont un peu réduites récemment des deux côtés de l'Atlantique avec la hausse des cours et la remontée des rendements obligataires, mais elles restent à des niveaux attractifs », note un gérant.
La valorisation des marchés reste attractive malgré leur hausse grâce à la progression des bénéfices
Les valorisations des marchés apparaissent donc tout aussi mesurées que celles observées au début de l'année 2005 et ce, malgré la hausse des marchés. Cela est dû à l'augmentation des profits des entreprises. Les prix des actions ont augmenté, mais les profits ont également progressé. Au final, les rapports cours/bénéfices sont donc restés quasiment identiques. En 2005, cette augmentation des profits a été de 16 % aux Etats-Unis et de 11 % en Europe. L'année prochaine, la croissance attendue des bénéfices reste importante, quoique moins élevée qu'en 2005, avec 13 % attendus aux Etats-Unis et 10 % en Europe.
Ces valorisations sont par ailleurs soutenues par des analyses techniques favorables à la plupart des grands marchés. Ainsi, Louis-Serge Real del Sarte, directeur Europe de Global Equity et spécialiste de l'analyse technique, prévoit à court terme, sur les grands marchés d'actions, des « éléments défavorables, mais relayés par de nombreux facteurs de soutien pour un cycle haussier puissant ».
Momentum à la baisse. Ces anticipations ne rassurent cependant pas tous les professionnels. Deux lectures de ces chiffres s'affrontent en effet. D'un côté, le niveau de croissance des bénéfices proche des 10 % est une assurance pour certains d'une bonne tenue des marchés. De l'autre, les chiffres prévus pour 2006 sont moins élevés que ceux observés cette année. Or, c'est justement à ce tassement de l'accélération, au « momentum négatif » (le changement d'orientation des chiffres), que les marchés réagissent traditionnellement de manière négative. Patrick Mange se veut rassurant. « La baisse des marchés d'actions à la suite de l'anticipation d'un ralentissement de la croissance des bénéfices n'est pas automatique », déclare-t-il.
Corrigés des valeurs technologiques, les marchés s'approchent de leurs plus hauts historiques
Cependant, cette absence de réaction des marchés étonne tout de même certains professionnels. « Contrairement à l'idée convenue selon laquelle la Bourse anticipe, nous avons plutôt l'impression que les marchés réagissent au jour le jour, ce qui n'est pas un comportement très sain », constate un gérant.
Des freins potentiels. Sans conduire à un mouvement de panique, ces inquiétudes sont tout de même confortées par certaines constatations. Depuis leur point bas de mars 2003, les actions ont augmenté de 85 % alors que, dans la même période, les bénéfices n'ont progressé que de 55 %. Ensuite, corrigés des valeurs technologiques, les marchés s'approchent de leurs plus hauts historiques. Enfin, un investisseur américain qui aurait investi sur un prix moyen en 2000 a quasiment retrouvé ses niveaux d'investissement sur le CAC 40. « Sur les marchés européens, explique Yves Maillot, nous sommes sur une zone de résistance. Il y a peu de probabilité de voir les marchés baisser de manière importante et durable, mais il est également peu probable que nous assistions à un emballement dans les prochaines semaines. » Il faudrait donc un élément nouveau pour déclencher une progression forte des indices, comme un mouvement de salut de la nouvelle année (lire encadré) ou un mouvement favorable du dollar.
Les paris restent ouverts. Dans cet environnement, deux comportements prédominent chez les investisseurs. Le premier se traduit par une attente de la publication des premiers chiffres d'affaires en janvier. « Dans cette optique, nous pouvons donc assister à une légère baisse dans les prochaines semaines », note Isabelle Delattre responsable de la gestion chez Raymond James AM. Certains estiment au contraire que tout se joue sur le premier trimestre et qu'il faut être investi au maximum dès le début de l'année et profiter de la hausse avant une possible période d'incertitude.
Quoi qu'il en soit, les anticipations optimistes pour l'année prochaine peuvent paraître contradictoires. La plupart des observateurs sont positifs sur l'évolution des marchés boursiers en 2006 pour des raisons de valorisation, comme c'était déjà le cas au début de l'année 2005. Cependant, ils conviennent également presque tous que les signaux incitant à la prudence se multiplient : la consommation aux Etats-Unis a déçu dernièrement, l'immobilier, toujours aux Etats-Unis, montre des signes d'essoufflement, les profits des entreprises sont au plus haut, aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe, les marges des sociétés ont également atteint des niveaux très élevés et devraient, au mieux, rester stables en 2006. Une série de facteurs qui aurait aussi bien pu conduire les prévisionnistes à la plus grande prudence.
n F.J.
contrarian
Contrariant
i l'on effeuille une année d'agenda 2005, le cap des indices financiers mondiaux était loin d'être tracé. La poussée continue des prix du brut et des matières premières, l'effroyable accumulation de catastrophes naturelles, le ralentissement économique et la remontée métronomique des taux d'intérêt américains pouvaient pousser à la dérive, tout comme les attaques terroristes ou la mise aux oubliettes de la Constitution européenne. Les prévisionnistes se montraient d'ailleurs prudents en janvier, anticipant une progression limitée des marchés. Au bilan, la palme revient aux plus intrépides, la plupart des Places financières internationales affichant des performances à deux chiffres, avec le Japon, les pays émergents et l'Europe aux avant-postes. Le fait est que la hausse des bénéfices des entreprises est restée très soutenue et a plus que relativisé la hausse des cours, la reprise des opérations financières ajoutant une dose importante de stimulation. La pendule tournant, les grands marchés se situent désormais généralement à moins de 20 % des paradis artificiels du début de l'année 2000. Faut-il pour autant considérer qu'il est temps de songer à remettre les pieds sur terre ? Il semble que non. Bureaux d'analyse et gérants s'accordent majoritairement à penser que l'environnement économique est sain, aux clignotants près des conditions monétaires et des prix de l'énergie qui resteront sous contrôle. La valorisation des actions en fait toujours une classe d'actifs à privilégier, jugent les spécialistes (lire p.18), d'autant que l'obligataire suscite une méfiance partagée et que l'immobilier devrait enfin subir le même sort. Malgré tout, au jeu des pronostics, par essence contrariant, il ne serait guère surprenant que l'optimisme mesuré qui prévalait il y a un an soit le pari gagnant de 2006, toutes les cicatrices de la Bourse étant encore loin d'être pansées.
Commentaires