Partager l'article ! VINTON CERF: chef évangéliste d'Internet chez GOOGLE: Vinton Cerf «Même si vous ne vouliez pas voir votre tête sur Internet, v ...

Source : LE MATIN.ch
Vinton Cerf a l'âge de la retraite
mais il dit ne pas connaître la signification de ce mot...
L'un des pères fondateurs d'Internet.
C'est lui qui, en 1974, a créé le protocole TCP/IP qui permet aux ordinateurs de communiquer entre eux. Cet Américain de 65 ans occupe
aujourd'hui un poste-clé chez Google,
celui de «chef évangéliste d'Internet»
Alexandre Haederli - le 14 mars 2009, 20h16
Le Matin Dimanche
Je suis surpris, vous n'êtes pas en jeans-basket comme un vrai geek!
C'est vrai, dans le monde d'Internet, tout le monde s'habille très «casual». Je porte des costumes trois-pièces depuis 1976. C'est ma femme qui me l'a suggéré et depuis j'ai eu tellement de
compliments que je continue à en porter. Mais bon, à Mountain View (siège de Google en Californie, ndlr), ils me tolèrent alors ça va. De toute façon, à mon âge avancé, je suis un geek à titre
honorifique!
Ça passe combien de temps par jour sur Internet un «geek à titre honorifique»?
Trop, selon ma femme! C'est fou ce que l'on peut passer comme temps sur le web. A vrai dire j'y suis presque en permanence... disons seize heures par
jour.
Vous êtes l'un des pères d'Internet. Quel regard portez-vous sur votre création?
Je suis surpris et heureux qu'elle soit si largement adoptée. Internet est une fourmilière où des milliers d'individus s'activent. Tout ce qu'ils font n'est pas
nécessairement intéressant. Mais sur le nombre, chaque jour, une, deux ou trois innovations sortent du lot. Ensuite, nous pouvons tous bénéficier de ces nouveautés.
Chaque innovation semble pousser un peu plus loin les limites de la vie privée. C'était le cas avec les blogs et à présent avec les réseaux sociaux. Ça devient
inquiétant non?
Oui, d'autant plus qu'il n'est plus possible d'y échapper, même si vous ne souhaitez pas être exposés. Prenez le cas des sites de partages de photos. N'importe
qui peut mettre en ligne des photos de vous. Pire: les clichés peuvent être accompagnés de votre nom. Même si vous ne vouliez pas voir votre tête sur Internet, vous y êtes!
Comment peut-on résoudre ce conflit avec la sphère privée?
En fait, je ne sais pas si on peut le résoudre. J'ai l'impression que les nouvelles technologies nous poussent à abandonner la sphère privée. Avec l'appareil
photo incorporé au téléphone portable par exemple, on a réalisé qu'on pouvait prendre discrètement des photos à n'importe quel instant et l'envoyer aussitôt n'importe où sur la planète. Qu'on
le veuille ou non, on renonce petit à petit à notre intimité. Revenir en arrière ensuite est très difficile. Il faut se faire à l'idée que la technologie nous rend plus visibles que
jamais.
Et pour les autres problèmes comme le spam, les vidéos illégales ou le piratage?
Il y a beaucoup de manière de faire du tort sur Internet, c'est vrai. C'est pourquoi il faut des discussions internationales pour que les pays se mettent d'accord
sur ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Dans ce sens, je suis favorable à la création d'un «droit d'Internet» à l'image de ce qui a été fait dans le domaine du droit maritime. Mais
cela a pris du temps...
Le 31 janvier, entre 14 h 30 et 15 h 30, Google indiquait tous les sites comme «potentiellement dangereux». Ce bug a fait chuter l'activité sur Internet de 20% à
30%. Cette forte dépendance des internautes à votre moteur de recherche est-elle problématique?
Le bug qui nous a touchés ce jour-là est un bon exemple qui rappelle que toute infrastructure est à la fois puissante et fragile. On ne pense jamais aux
infrastructures, on se rend compte de leur existence quand elles ne fonctionnent pas. Prenez l'électricité. Il faut une panne pour qu'on se dise: «Oups la glace que j'ai au congélateur va
fondre!»
Mais sur le fond, Google n'occupe-t-il pas trop de place dans le monde d'Internet?
Je ne crois pas. Les gens ont le choix d'utiliser d'autres services s'ils veulent. Internet n'est et ne sera jamais contrôlé par une seule entreprise. Les
sociétés privées actives dans ce domaine sont nombreuses et diversifiées et il y aura toujours une place pour la concurrence.
Avez-vous été étonné par l'explosion des réseaux sociaux?
Disons que je n'avais pas anticipé l'ampleur du phénomène. Mais sur le fond cela ne m'étonne pas. Rester en contact avec ses amis, voir ce qu'ils font, où ils
sont: cela contribue au partage d'informations, au dialogue social qui est le fondement même d'Internet. Recevoir un e-mail qui me dit d'aller voir mon Facebook où quelqu'un vient d'écrire
quelque chose sur mon «profil». C'est une complication qui, au fond, revient au même que d'envoyer un courriel. Sauf que dans ce cas, c'est plutôt une perte de temps.
En quoi consiste votre fonction d'«évangéliste en chef d'Internet» chez Google?
Une partie de mon rôle consiste à parler d'Internet et de ses développements futurs au grand public, aux médias ou aux universitaires. Je rencontre aussi beaucoup
d'ingénieurs des différents centres Google dans le monde et nous discutons de prochaines évolutions, mais aussi des problèmes techniques qui se posent. Enfin, j'étudie les propositions de gens
qui viennent nous présenter leurs idées pour de nouvelles innovations.
Vous dites souvent que 99% des potentialités d'Internet ne sont pas encore exploitées. Qu'est-ce qui changera ces prochaines années?
La gestion des systèmes de divertissement par le web devrait s'imposer massivement. Cela signifie que les petits équipements seront de plus en plus nombreux à
être connectés à Internet et donc à pouvoir interagir intelligemment. Pour enregistrer un programme télé, il suffira juste de donner le nom de l'émission à l'enregistreur et celui-ci ira
chercher tout seul l'heure et la chaîne de diffusion. De même tout ce qui touche à l'habitat, du chauffage à la cuisinière, pourra être réglé de la même manière.
Davantage de robots que d'humains connectés, voilà qui doit plaire au fan de science-fiction que vous êtes?
J'ai toujours adoré la science-fiction! Et parfois la réalité rattrape l'imaginaire. Dans notre monde bien réel, j'estime que dans un futur proche il y aura entre
dix et cent fois plus d'appareils que d'humains connectés.
En Suisse, 65 ans, c'est l'âge de la retraite. Vous y pensez?
Je ne connais pas la signification du mot «retraite». Je me plais chez Google et j'aimerais suivre encore quelques années les futurs développements
d'Internet.
|
CARTE DE VISITE
|
Commentaires